10.3 L'IMPÉRATIVITÉ, OU LA FORCE DE L'ENCHÈRE

 

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Suite à Ouverture normale : les trois priorités

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Quand vous aurez assimilé cette section, vous pourrez passer au test, indiqué à la fin de la section.

Si nous allons échanger de l'information, il est nécessaire de savoir quand nous allons nous arrêter et quand nous allons continuer. Suis-je forcé de continuer (d'où le terme anglais "forcing", accepté en français comme équivalent d'impératif) ou alors dois-je m'arrêter ? Ou bien l'enchère de mon partenaire est-elle invitationnelle ? Tout système d'enchères doit encoder ces informations primordiales dans la séquence elle-même des enchères. Car des deux méthodes de véhicule d'information, l'enchère et la séquence en soi, celle-ci est plus apte à traduire le degré "forcing" puisque l'enchère elle-même, de par sa nature, traite plus facilement de la distribution de la main. Il y a donc, en termes d'impérativité, trois niveau d'enchères :
 
 

L'enchère de fermeture : votre partenaire doit passer. S'il ne passe pas, il convient d'entrer en transe et de se répandre en imprécations dans une langue étrangère (... enfin, presque!).
 
L'enchère invitationnelle : votre partenaire est invité à annoncer encore s'il a plus que le minimum de ce qu'il a annoncé.
 
L'enchère impérative (ou forcing) : votre partenaire doit annoncer. S'il ne le fait pas, simulez une crise cardiaque en vous arrêtant au moment où la personne en face de vous a sa leçon pour la vie et est sur le point de se sentir mal.
 
 

L'encodage du degré d'impérativité de l'enchère, à la fois en standard américain, et dans la grande majorité des systèmes connus, peut s'exprimer dans les règles exposées à la suite de ce paragraphe. Il s'agit ici cependant du niveau élémentaire de la question, soit de la réponse à l'ouverture; le dévelopment de chaque séquence pose aussi des problèmes de cette nature. 
 

Le degré d'impérativité de l'enchère se trouve résumé dans les paragraphes et tableaux qui suivent. Il est propre au standard américain . En fait, sauf erreur ou exception, on trouve ce concept employé dans tous les systèmes connus. On notera cependant que l'impérativité s'applique à toutes sortes de situations d'enchères; son étude déborde donc l'ouverture de 1 en couleur, présentée à la fin du présent sous-chapitre. Elle sera présentée ici cependant parce que c'est une application à la fois pratique et fréquente de ce principe.
 
    
 Si on se place du point de vue de la force de l'ouverture, on identifie trois niveaux de force :
 

­ L'ouverture de barrage : 6 à l0 points, longue suite dans une main sans valeur défensive.
 
­ L'ouverture normale : un beau 12 points jusqu'à 21 points. La main ne doit pas contenir plus de sept perdantes (voir la définition de perdante au glossaire placé au début du livre). L'enchère se fera au niveau de l (mis à part la main de 21-22 [20-21 si l'ouverture à 1SA est de 15-17] balancé, qu'on ouvre normalement 2SA; voir aussi les enchères conventionnelles, surtout pour les ouvertures à 2 ).
 

­ L'ouverture forte : Seule ouverture impérative du système que je vais vous proposer : 2 . Évidemment
artificiel.

 

Soit le tableau suivant. Nous verrons plus loin les ouvertures de barrage et les ouvertures fortes.
 
 

 

P O S I T I O N

FORCE DE L'ENCHÈRE

OUVERTURE

SURENCHÈRE

RÉPONSE

FAIBLE

BARRAGE 6-10

8-15 (NIVEAU DE 1)

6-9

INVITATIONNELLE

 

 

10-11

NORMALE

13-21 MINIMALE (13-15)
INTERMÉDIAIRE (16-18-)
MAXIMALE (18+-21)

13-16 (NIVEAU DE 2)

 

FORTE (IMPÉRATIVE)

22+ ou neuf levées et plus

17 ET PLUS

12 ET PLUS
et 6+ ILLIMITÉ

 
Considérons maintenant quelques précisions sur les réponses exposées dans le tableau précédent.
 
1. Une réponse de 1SA à une ouverture de 1 en couleur n'est pas impérative (autrement dit, l'ouvreur peut passer). On comprend l'inférence : la main du répondant est limitée : il montre 6 à 9 points (certains ouvrages suggèrent de 6 à 10; entendons donc : de 6 à un mauvais 10, soit 6 - 10-) avec une main balancée. En d'autres mots, si l'ouvreur a une main balancée de 13 ou 14 points, par exemple, il peut se dire : "Même si mon partenaire a un maximum, soit 9 points, ou un mauvais 10 points, nous n'avons pas les 25 ou 26 points d'évaluation nécessaires pour la manche. Aussi bien alors passer, au lieu de risquer inutilement la chute du contrat." Dans les nombreux exemples où les adversaires sont absents, on supposera, pour la clarté de l'exposé, qu'ils ont toujours passé. Par exemple :
 

A53
984
V532
R86
 
9742
ADd
AD6
D54

NORD

EST

SUD

OUEST

P

P

1

P

1SA

P

P

P

 

2. Un appui simple (2 de la même couleur que l'ouvreur) montre un fit et 6 à 9 points (encore ici, certains bouquins proposent plutôt 6-10. Il faut, comme à la réponse de 1SA présentée plus haut, penser à 6-10-. Plus généralement, à chaque fois que nous rencontrerons le créneau "6 à 9", il faudra l'entendre comme un 6 - 10-. Si le total des points d'évaluation de l'ouvreur et le maximum (soit 10- points) du répondant ne totalisent pas 25 points, les espoirs de manche se butent aux statistiques : avec 22 ou 23 points d'évaluation au total des deux mains, vous chuterez plus souvent qu'autrement à une manche en majeure. Aussi bien passer. Par contre, si le déclarant est plus fort, il pourra agir en conséquence (nous verrons plus loin les subtilités de la suite des enchères).


3. Un appui à saut constitue une invitation à la manche. Cette main montre 10-11 points. Par inférence avec le 6-9 qu'il faut lire comme un 6-10- pour la réponse de 1SA ou de l'appui simple, le 10-11 présenté ici doit se lire comme un "beau 10 jusqu'à un mauvais 12". En d'autres mots, on s'est rendu compte, au fil des millions de mains de bridge jouées à travers le monde, que le créneau de 6-9 (réponse de 1SA et appui simple) était quelque peu étroit : souvent, des réponses avec des mains contenant 10 points auraient dû être traitées comme des mains de 6-9. Il suit que les réponses montrant 10-11 points doivent contenir 10 points assez robustes. Certains auteurs présentent donc un appui à saut de 11-12 points. Cela me paraît acceptable seulement s'il s'agit d'un mauvais 12 points. Autrement, on aura des mains combinées représentant au moins 25 points et devant jouer à la manche. Dans le standard américain classique, l'appui à saut était forcing à la manche (il s'agissait donc d'une main d'ouverture et plus). Depuis quelques années, les joueurs de duplicata jouent cette séquence comme invitationnelle, surtout à la suite des considérations d'un excellent bridgeur et professeur de bridge américain du nom de Edwin Kantar. Celui-ci a montré qu'il y avait des mains, assez fréquentes d'ailleurs, qu'il était malaisé d'annoncer sans passer par une enchère invitationnelle à saut (essentiellement, les mains comportant plus de trois cartes dans la couleur du partenaire, mais sans les points pour garantir la manche). Par exemple :
 

Ouest

87
AR764
A4
Vd43
 

EST

A3
983
RD97
D652

1
P

3

 

Ouest refuse l'invitation à la manche. Il l'accepterait s'il avait un beau 14 points et mieux. Par exemple, s'il possédait la D en plus de AR.

4. Une réponse de 2 dans une couleur de rang inférieur. Cette réponse est impérative pour un tour. Elle suppose une main d'au moins 10 points, et une couleur normalement cinquième (quelquefois un peu moins de cinq cartes, comme nous le verrons plus loin). La raison de la nécessité de ces 10 points relève de l'arithmétique simple : un contrat de 2SA ou 3 en couleur nécessite environ une somme de 23 points d'évaluation dans les deux mains. Or, l'ouvreur peut avoir aussi peu que 13 points (un beau 12 points étant considéré équivalent à 13 points). Si donc le répondant pousse la paire à un contrat d'au moins 2SA ou 3 en couleur (à tout le moins, la suite des enchères risque fort d'amener par nécessité la paire au-delà de 2 de la couleur d'ouverture), c'est qu'il possède un nombre de points tels que, additionnés à ceux de son vis-à-vis, le total soit de 23 et plus. Il a donc au moins 23 - 13 = 10 points, puisque la paire aura besoin d'un total de 23 points pour atterrir dans un contrat offrant une chance raisonnable de réussite.
13 + 10 = 23. CQFD. Par exemple : 

 

OUEST

2
3SA

EST

1
2SA

62
A64
AR952
A93

AD974
R93
Vd6
R7

 

Ici, Ouest accepte l'invitation à la manche. Est lui livre une information claire : "J'ai entre un beau 12 points et un 14 points quelconque. Ma main contient cinq piques et le bris des trois autres couleurs devrait être (332)." Ouest additionne ses points avec le minimum d'Est. Il conclue que les mains combinées possèdent les 25-26 requis pour tenter la manche avec un espoir rentable. Comme il a lui aussi une main carrée ­ 2353 ­, il place le contrat final à 3SA. Si Ouest n'avait pas l'A en main, il aurait passé l'invitation à la manche que constitue le 2SA d'Est.

5. Une réponse au niveau de 2 avec saut. Cette réponse, montrant au moins 16 points et une couleur pratiquement autonome (très belle couleur sixième et mieux) est forcing de manche. Facilement, la paire ira au chelem; à tout le moins, elle explorera les possibilités du chelem. Par exemple, après l'ouverture de 1 par son partenaire Sud, suivie d'un passe par Ouest, Nord répondrait 2 avec la main suivante.

A8
ARDd93
RD7
62
 

Cette réponse est évidemment impérative de manche. Elle peut facilement mener au chelem. Notons cependant un traitement moderne, fort efficace mais plutôt affolant pour certains débutants : cette réponse de 2 avec saut constitue... une réponse faible de six cartes ! Vous obtenez ainsi un effet de barrage sur l'adversaire qui n'a pas encore parlé; de plus, votre partenaire passera avec 18 points, pour un très bon score. Autre avantage, vous trouvez vraisemblablement la bonne couleur de contrat.

6. Une réponse de 2SA sur 1 en couleur. Certains joueurs jouent cette réponse comme invitationnelle. La main du répondant contiendrait alors un 10-11 points balancés (ou 11-12, selon les professeurs). Mais d'emblée, le traitement le plus fréquent, le meilleur également, consiste à décrire une main balancée de 12 à 15 points, ou alors de 18 et plus balancée. Cette réponse est donc forcing de manche. Pour la réponse balancée avec 16 ou 17 points, voir la paragraphe suivant. Ainsi, après une ouverture de 1 par votre partenaire, la main suivante serait appropriée pour une réponse de 2SA :

RD4
A97
RVd5
V63

Le répondant peut-il avoir une majeure quatrième dans sa main balancée ? Oui. Nous verrons plus loin que la paire pourra s'interroger sur leur teneur réciproque dans les majeures (voir dans l'index la convention Check-back Stayman, abrégée souvent par "CBS").

Que faire alors avec une réponse carrée d'environ 11 points (un beau 10 à un mauvais 12) ? On répond d'abord au niveau de 1, puis on y va de 2SA en deuxième réponse. Cette séquence d'enchères est aisée sur l'ouverture de 1, mais comment faire une l'ouverture de 1 ? Dans ce cas, ou bien on annonce une majeure quatrième, ou bien on demande 2 avec 4 trèfles et plus. Le seul cas embêtant réside, par déduction, dans la distribution 3343. On peut alors sauter à 3, montrant une main limite vraisemblablement carrée. On trouvera un niveau différent de réponses en considérant les mineures inversées.
 
7. Une réponse de 3SA sur 1 en couleur. La main vaut 16-17 points balancés; si l'ouverture est en majeure, la réponse de 3SA nie le fit ainsi que la possession de quatre cartes dans l'autre majeure. Il suit que sur l'ouverture en majeure, la réponse de 3SA montre exactement deux cartes dans la majeure d'ouverture et trois dans l'autre. Les mineures sont alors 44 ou (53). Sur une ouverture en mineure, la dite réponse nie une majeure quatrième, à moins que ce soit une majeure sans trop de force dans une main (4333). On comprend mieux, maintenant, qu'au numéro 6, ci-haut, on décrive la réponse de 2SA sur 1 en couleur comme pouvant contenir 18 points et plus : la réponse de 3SA couvre le créneau précis de 16-17. À première vue, il semblerait que la réponse de 2SA couvre un registre trop considérable par rapport à la réponse de 3SA. Il n'en est rien : la séquence où votre partenaire ouvre de 1 en couleur devant votre main carrée de 18 points et plus s'avère très rare. Sans compter que votre adversaire de droite pourrait y aller d'une surenchère. Sur l'ouverture à 1 de votre partenaire, vous répondrez 3SA avec la main suivante : 

V2
A43
RDV7
AD65

 

Comme l'ouverture normale, soit plus spécifiquement celle au niveau de 1 en couleur, s'avère la plus fréquente, elle est exposée ici.

 

 OUV.

RÉPONSE 

ABRÉVIATION

DEGRÉ D'IMPÉRATIVITÉ  

(abréviation)

1 coul.

1SA (6-9 ou 

6-10- points; pas de fit)

1c. / 1SA

non forcing (NF)

1 coul.

2 de la coul.(6-9 ou 6-10- points; fit) 

appui simple

non forcing (NF)

1 coul.

1 d'une autre coul. (quatre+ cartes, 

6+ points)

1 / 1

forcing (F)

1 coul.

2 d'une coul. de rang inférieur (4+ cartes, 10+ points)

2 / 1

forcing (F)

1 coul.

2 d'une coul. de rang supérieur (très belle couleur sixième, 16+ points)

2 / 1 avec saut

forcing de manche (FM)

1 coul.

3 de la coul. 

(10+ points, fit)

Un limite

invitationnel (INV.)

1 coul.

2SA (main balancée, 13-15 points ou 18+)

2SA / 1

forcing de manche (FM)

1 coul.

3SA (main balancée, 16-17 points)

3SA / 1

non forcing (NF)

Les réponses à 1 en couleur (degré d'impérativité)


  Et maintenant, un sympathique petit test jaugera votre compréhension de l'impérativité après l'ouverture à 1 en couleur. Avant de passer au test, il serait avantageux de revoir le tableau ci-haut des réponses à 1 en couleur.
 

 

Mais selon quels critères s'effectue le choix parmi les possibilités offertes par l'ouverture de 1 en couleur ? Pourquoi ouvrir 1 plutôt que 1 , ou le contraire ? La section suivante, soit 10.4, l'ouverture normale : les trois priorités, indiquera ce qu'il faut savoir là-dessus.

 

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