10.11 L'OUVERTURE À 2 EN MAJEURE

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Suite à l'ouverture à 2SA
 
 
 
 

Barrage. Six cartes dans la couleur, pas d'as en dehors - en principe... Ne pas faire cette enchère avec quatre cartes dans l'autre majeure (certains nient même posséder trois cartes dans l'autre majeure, mais cela me semble un peu trop puriste). De même, ce barrage nie en principe une absence. En première position, l'enchère doit être disciplinée, i.e. la couleur doit posséder deux honneurs majeurs (ou alors DVd).

Voilà pour la théorie officielle. Ne la respectez pas trop. Pour commencer, Kit Woolsey, un des experts internationalement respectés, conseille justement d'y aller d'un barrage plus risqué justement en première position, les adversaires n'ayant pas eu le temps d'échanger de l'information. De plus, ne vous gênez pas pour vous permettre une enchère de barrage avec un as à côté. Vous l'indiquerez comme sur la réponse de 2SA. L'absence ? Un peu plus délicat, mais l'expérience nous dit que ça ne vous nuira pas dans votre enchère de barrage. Balancez aussi le principe de l'absence de quatre cartes dans l'autre majeure. Vous prendrez quelques boîtes, mais le bilan sera positif.
 
Généralement, on joue la loi de 500 : devant un partenaire complètement amoché, le contrat contré ne coûtera pas plus cher que 500 points,ce qui signifie que l'ouvreur à 2 faible se trouve à deux levées de son contrat VUL (en l'occurrence, il peut réaliser six levées), et à trois levées de son contrat NV (il peut réaliser cinq levées). Ces levées, il va sans dire, se comptent en considérant la couleur de barrage comme atout, car le barrage implique une main offensive, donc aux possibilités défensives à-peu-près nulles.

Certains, comme Ewen, qui a consacré un livre à ce sujet ( Opening preempts), trouvent un peu trop conservatrice la loi de 500, et optent résolument pour une levée de moins que la dite loi. L'expérience, à mon sens, leur donne raison.

Toute nouvelle couleur par le répondant montre une main forte (16+) et est en principe forcing de manche. En effet, pourquoi le répondant annoncerait-il une longue de barrage sur le barrage de l'ouvreur (" Barrage sur barrage ne fait pas vieil âge", proclame le proverbe syldave!...). Bergen en juge autrement, car ces barrages sont faibles et ne comportent souvent que cinq cartes.

Une réponse de 2SA demande de l'information. Comme expliqué plus haut au sujet du multi, l'info peut porter soit sur un roi ou une dame (une entrée) ou un singleton. Une petite ruse, cependant : sur 2 , on procède à la demande par 2, pour permettre une réponse adéquate en demeurant au niveau de trois de la majeure (et alors, sur 2 , on annonce 16+ avec du très beau  en annonçant 2SA. En somme, 2 et 2SA, dans cette séquence, pourraient se jouer inversés).

 Soit :
2 - 2
2SA : J'ai l'objet recherché (singleton ou feature, tel que convenu) en
3 : idem en
3 : idem en
3 : je n'ai pas ce que tu cherches
3SA : J'ai 6 solides, i.e., ARDxxx, et rien d'autre.

2 - 2SA
3, 3, 3 : ce que tu cherches est dans la couleur nommée.

Notons cependant qu'un certain pourcentage de joueurs veulent sauver la chèvre et le chou : sur le barrage, un relais demande l'entrée et un relais plus un (R + 1) demande le singleton (On peut intervertir ces deux significations, évidemment, mais on ne devrait pas le faire si on croit, à juste titre, que, sur un barrage de 2, le répondant jouera plus facilement à la manche sur un singleton  que sur une entrée à - puisque 2 - 3 propulse l'ouvreur à 3SA si l'élément demandé se trouve être à ! Le postulat, ici, c'est que le répondant à 2SA a généralement un fit avec l'ouvreur.

Soit :

2 - 2 : demande d'entrée
2SA : demande de singleton
 

2 - 2SA : demande d'entrée ; 3 : demande de singleton

On voit l'inconvénient de la méthode : après 2 - 3 , le répondant sera forcé d'aller à la manche devant un singleton , lequel singleton n'était possiblement pas celui qu'il cherchait avec l'inconvénient additionnel de la perte de 3SA pour montrer du  solide. Au total cependant, cette méthode m'apparaît la meilleure.

Faut-il rappeler aussi, tel que décrit en traitant du multi, qu'il faut jouer RONF, Raise Only Non Forcing, sur ce type d'ouverture, tant sans intervention qu'avec intervention. Cela signifie que l'appui au niveau de 3 n'est que compétitif. De plus, si l'intervention est un contre, une nouvelle couleur par le répondant implique un fit, tout au moins une tolérance pour 3 de la majeure, et demande au partenaire "barrant" d'entamer dans cette nouvelle couleur si les adversaires achètent le contrat. Cette couleur est intéressante, voilà tout ce qu'affirme le partenaire de l'ouvreur (Il peut s'agir de ADx, d'une absence, de Axxxxx escomptant un singleton chez l'ouvreur). Enfin, le surcontre indique l'absence de fit : le répondant procédera ainsi s'il possède une très belle couleur sans fit : il doit d'abord surcontrer, puis annoncer sa couleur. Il est dommage que peu de joueurs, et parmi les bons, ne connaissent pas ce développement à l'ouverture à 2 faible.

Que signifie alors un saut-changement par le répondant : 2 - 4 ? On ne peut le lire autrement que comme un splinter... A ceci près que Kantar suggère que 2Maj - 4 soit une demande d'as (Gerber). L'important, c'est de donner une signification précise à cette enchère, elle sera quelques fois cruciale pour trouver un chelem.

Ogust, décrit lors de l'ouverture de 2 faible, se joue évidemment sur l'ouverture à 2 faible en majeure. Le but visé par Ogust est double : permettre de renseigner au plus vite le partenaire si j'ai fait un barrage avec de la pourriture, et d'autre part, distinguer entre deux types de données : la qualité de la couleur de barrage, et la qualité du reste de la main.

  D'où les réponses suivantes :

2Maj - 2SA
3 : main pauvre, majeure pauvre.
3 : main pauvre, belle majeure.
3 : belle main, majeure pauvre.
3 : belle main, belle majeure.

Depuis 1985, l'ACBL interdit les barrages de moins de cinq cartes. Il faut de plus tenir au moins 5 points d'honneur dans sa main. Si bien que s'effondre une des raisons pour lesquelles on jouait Ogust -y aller d'un barrage pourri (v.g. : cinq cartes dans la couleur et 4 points). La convention n'en demeure pas moins valable, marquée cependant du défaut de l'imprécision : où est la courte, s'il y en a une ? Où est l'honneur à côté, s'il existe?
 
 

2Maj. Bergen : Nous avons noté, en parlant du 2 de Bergen, que celui-ci avait amélioré Ogust. Il en va de même pour le traitement que Bergen réserve au barrage au niveau de 2 en majeure. Soit :
 
 

2Maj. - 2SA
3 : couleur cinquième, main non minimum. L'idée de Bergen, en intervertissant les deux premières enchères "Ogust" (3 devenant l'enchère de faiblesse) table sur le fait qu'elle rend possible une demande de précision par le relais à 3 dans le cas d'une majeure cinquième dans une main non minimale. Soit : 3 = mauvaise couleur; 3 = couleur décente; 3SA = couleur solide ou semi-solide.
3 : couleur cinquième ou sixième, main minimum et couleur minimum. La pire main possible.
3 : couleur sixième décente, main minimum
3 : couleur sixième décente, main non-minimum

Dans toutes les séquences de barrage Bergen ­ incluant celles du 2 faible, 4 constitue KCB. De même, toute autre réponse que 2SA est pour jouer. La raison en est que la couleur peut être faible ou cinquième. Le partenaire n'est donc pas en face d'une couleur qui a nécessairement de l'étoffe; il peut se permettre un peu plus de liberté.

La seule limite un tant soit peu significative que je peux déceler au barrage Bergen de 2 en majeure, c'est l'impossibilité de déceler une deuxième couleur quatrième. Par exemple, comment peut-on trouver, avec l'approche Bergen, le contrat optimal de 7 avec la main suivante, donnée en exemple plus haut dans la section du 2 Multi ?

                            AD8762             RV4
                            54                      A6
                            D973                 ARd8
                            5                        A762

La solution consiste, à mon sens, à sacrifier la réponse de 3 , normalement p.j., pour demander une deuxième couleur quatrième. Cette séquence, cependant, devrait être FM, afin qu'elle se produise quand l'interrogation sur la qualité de la longue et de la main n'est pas un objectif prioritaire.
 
 

Soit, ici,

                            2                         3
(3 =4 trèfles)     3                         3 (R : demande la qualité de la longue)
(six  décents      4                         4 (R : combien d'honneurs majeurs à ? Si le contrat était à , le relais se ferait
                                                                par 4)
(un)                     4SA                        5 (Combien d'honneurs majeurs à  ?)
(deux)                 5                          7 (Ici, le répondant n'a plus besoin d'information additionnelle. La seule information qui pourrait être nécessaire ici serait la demande d'as. Elle se ferait alors par la plus économique des courtes de l'ouvreur. Les réponses seraient alors : 0, 1,2 (par étapes).

Quelle convention en réponse choisir sur un 2 faible ? C'est, bien sûr, affaire de goût personnel. Mais on doit aussi considérer un facteur objectif, celui de la cohérence entre son propre style et la convention. Si vous êtes du type très discipliné, qui n'aime pas les éclats et autres risques, votre barrage contiendra normalement deux honneurs majeurs. Il faut ajuster votre demande à ce fait : votre réponse de 2SA demandera une entrée. Si, par contre, le bridge revêt pour vous un caractère plus fantasque, porté sur l'aventure, prenez une convention qui distingue entre main décente et main faible. Ogust ou Bergen seront plus appropriées.

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