CHAPITRE 21 CONVENTIONS DÉFENSIVES
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Suite à Carte de convention de l'ACBL
La défense, encore plus que l'attaque,
dépend fondamentalement de l'attitude, à cause de l'inter-influence
active en défense, travail d'équipe. L'attitude qui anime la paire fait
souvent la différence entre la victoire et la défaite. Une paire doit
s'installer à une table et recevoir les paires adverses avec politesse
certes, mais à l'affût.
D'abord à l'affût de l'état
psychologique des adversaires. Certaines paires vous arrivent intimidées,
timorées - si vous compétitionnez un peu, elles n'oseront pas se rendre à
une manche toujours assurée, ou vous laisseront jouer un contrat qui chute
de deux et plus sans vous contrer ; d'autres échouent chez vous
bouleversées par deux tops qu'elles viennent maladroitement de donner aux
adversaires ou par une discussion interne acerbe. Elles sont prêtes à tous
les excès, elles peuvent vous contrer dans une partielle garantie si vous
vous y trainez en sous-évaluant temporairement votre main, ou s'embarquer
elles-mêmes pour un joyeux "-1100". Plus généralement, il faut être
éveillé au style de chacun, et l'entrer dans la mémoire de son ordinateur
mental.
A l'affût surtout de la nature des
questions et traquenards posés par la planchette en jeu : vos 26 cartes
forment-elles un ensemble offensif ou défensif ? Les enchères ont-elles
montré que vos couleurs étaient bien ou mal situées ? Vos honneurs
intermédiaires sont-ils bien répartis (protégés, appuyés) ? Quel est le
problème défensif majeur de cette main ? Quels sont les problèmes
secondaires de la défense ? Parmi les options tactiques qui s'offrent au
déclarant, peut-on non seulement évaluer l'aspect statistique de chacune
d'entre elles, mais aussi le développement de jeu qu'elles devraient
provoquer, les coups trompeurs qu'elles permettent...Où et comment
pourrais-je induire l'adversaire à se tromper?... Comment cette planchette
sera-t-elle annoncée et jouée aux autres tables ?... etc.
Si je devais traduire de façon imagée cet
état d'affût, j'hésiterais entre la meute de loups en chasse, et une
mission de commandos : les deux comparaisons nous montrent une
communication et une attention intense malgré le peu d'échanges verbaux,
ainsi que la nécessité de s'adapter rapidement à toutes les sinuosités du
combat sans perdre de vue le plan original.
Une des manières d'actualiser une défense
efficace n'est malheureusement pas pratiquée généralement, sinon par les
très bonnes paires. Ceux qui en doutent n'ont qu'à se rendre dans un
tournoi de haut niveau pour observer la pratique universelle de ce
comportement : il s'agit de digérer une à une les cartes jouées, en
particulier celles du partenaire. Combien de fois on voit les
défenseurs jouer de manière "indigeste"; si on arrêtait soudain le jeu
pour demander : "Qu'est-ce que les cartes jouées jusqu'ici par votre
partenaire vous ont appris ?", plusieurs seraient dans une ignorance à
tout le moins relative, ou alors, et c'est finalement pire, proclameraient
que tout est clair. Si tel est effectivement le cas, c'est que le système
de signalisation, à tout le moins en réalité sinon en théorie, s'avère
plutôt simpliste. Plus simplement, par delà les signaux, il y a simplement
le fait de prendre en compte les cartes passées. Chaque carte qui passe
doit être considérée comme une information additionnelle dans la "carte
géographique" des mains que je dois préciser à mesure, afin de prendre les
meilleures décisions. Si l'on peut donner un modèle du genre, entre
plusieurs excellents, les mains en défense proposées par Edwin Kantar
m'apparaissent parmi les meilleures. Elles représentent des mains de tous
les jours, et posent des problèmes fréquents à la table - sauf que
plusieurs ne les voient pas.
1.
CONTRE UNE OUVERTURE DE 1 EN COULEUR
Les conventions de cette section ont pour but de montrer une main
distributionnelle, généralement 5-5, quelquefois une longue ou une main
tricolore. Considérons d'abord l'ouverture adversaire de un en couleur.
1.1 MICHAELS
Contre une mineure, le cuebid de la mineure annonce les deux majeures
par 5 (quelquefois un beau 5-4); contre une majeure, le cuebid de la
majeure annonce l'autre majeure et une mineure indéterminée. Pour
connaitre la mineure, le répondant annonce 2SA (cela implique qu'il a une
tolérance pour 3
et 3
, i.e., il a au moins
trois trèfles et au moins trois carreaux.Cela prend environ 8-10 points
pour faire Michaels sur une mineure, légèrement plus sur une majeure. Et
encore faut-il être non-vulnérable. Si vous êtes vulnérable, il faut
penser en termes d'une douzaine de points. Ne pas oublier non plus que la
répartition revêt une importance primordiale. Quand vous utilisez l'une ou
l'autre de ces conventions montrant une main à distribution, vous affirmez
du même coup que la majorité de vos points se trouve dans les longues que
vous annoncez. Les débutants font souvent cette erreur ; ils ne se
tiennent plus d'employer la potion magique et le font avec une répartition
contraire... et le résultat mérité.
Notons aussi que certains jouent ces conventions sans limite maximale.
Leur enchère artificielle est impérative pour un tour, il n'y a donc aucun
danger que les enchères ne meurent avant qu'ils puissent montrer leur
dynamite. La manière réputée la plus rentable d'employer ces conventions
bicolores consiste à leur attribuer une valeur ambiguïté : inférieure à
l'ouverture ou de 16 points et plus. L'ambiguïté de l'enchère tient les
adversaires un peu plus sur le qui-vive. avec 12-15 points, vous annoncez
les deux couleurs l'une après l'autre. Il demeure que la Cyclica, analysée
plus bas, m'apparait supérieure à tout cela.
1.2 TOP AND BOTTOM
Comme son nom l'indique, le cuebid d'une couleur au niveau de un indique
la possession de la plus haute ainsi que de la plus basse des trois autres
couleurs. Au sens strict, top and bottom ne s'emploie que sur une majeure,
1
- 2
montrant
et
, 1
- 2
indiquant
et
. Mais
beaucoup utilisent cette convention aussi sur une mineure, pour montrer
et l'autre mineure.
L'avantage de top and bottom sur Michaels apparait clair. Le partenaire
sait exactement les deux couleurs que vous possédez; en revanche, Michaels
permet d'annoncer deux sortes de bicolores. Faut-il préférer une
convention à l'autre ? Ou opter pour une de celles qui suivent ? C'est là
affaire de style, de goût. L'important, c'est de s'entendre avec son
partenaire.
1.3 MICHAELS MODIFIÉ
Combinaison des deux précédents : 1Min - 2 de la Min demeure top and
bottom (la plus haute et la plus basse des couleurs restantes); 1Min - 3
de la Min est pour les majeures. 2SA sera pour les deux plus basses. Le
cuebid de la majeure conserve la même signification que dans le Michaels
standard. Deux petits inconvénients : d'une part, vous êtes un niveau de
plus pour décrire les deux majeures que vous ne le seriez avec le Michaels
standard; d'autre part, vous vous privez d'un barrage dans la mineure de
votre adversaire (il peut ne posséder que trois cartes dans cette
mineure). Mais une expérience même rudimentaire du bridge nous convainc
vite du caractère mineur de ces inconvénients.
1.4 BICOLORE
BECKER
Becker, père et fils, deux joueurs de qualité. La présente
conviention vient de Becker père. Ici, le cuebid d'une majeure demeure
Michaels, mais le cuebid d'une mineure annonce toujours cinq piques. Le
répondant, sans fit à pique, demande la plus basse des deux couleurs
restantes pourvu qu'll y contienne au moins au moins trois cartes.
(1
) - 2
- (P) - 3
(P) - 3
On pourrait même raffiner et jouer qu'un cuebid de 3
au lieu de 3
, dans cette séquence, serait l'équivalent d'un Western : "Si
tu as l'arrêt à
, va à 3SA."
L'avantage de cette méthode, c'est d'abord de rester au niveau de
2 tout en permettant l'emploi de la formule pour trois sortes de
bicolores. Ensuite, de permettre l'utilisation du cuebid de 2SA sur une
mineure pour dire une main balancée de 21-22 points (ou de 16-18... enfin,
une force de cette magnétude, à déterminer entre partenaires).
1.5 LE
SANS ATOUT INUSITÉ
Sur une majeure par l'adversaire, 2SA indique les mineures. Encore
là, faut-il rappeler la nécessité d'une répartition adéquate ? Vos points
doivent être dans les mineures. Il convient aussi d'utiliser comme inusité
l'enchère de 1SA quand les deux adversaires ont annoncé les deux majeures(
1
...1
). Pour la raison toute simple que le 1SA naturel
n'aurait pas de sens et mène droit à la catastrophe. Si vous avez une
bonne main balancée, rien ne presse : la réponse de votre adversaire est
impérative pour un tour. Ils iront même peut-être à la manche sans
imaginer que tous les points se trouvent chez un seul défenseur.
Sur une mineure, 2SA devrait désigner les deux plus basses non
annoncées. Couplée avec Michaels modifié, cette convention vous permet
d'exprimer tous les bicolores sur une ouverture adversaire de 1 en
couleur.
Mais alors, que signifierait une séquence d'enchères où vous
surenchérissez successivement en deux couleurs? Du coup, vous
comprenez les possibilités significatives de cet ajout. Comme les deux
couleurs sont déjà identifiées par les méthodes décrites plus haut, il
suit que les surenchères successives permettront de modifier l'expression
de la puissance des bicolores concernés. Je vous suggère donc ceci
: les surenchères successives montrent de 13 à 16 points d'honneur, et la
méthode par bicolore instantané provient soit d'une main de 7 à 12 points,
soit de 17+ ... Ce qui a l'avantage de cultiver une anémiante perplexité
chez les adversaires.
1.6 LA "CYCLICA"
Je tiens cette convention d'un ami et partenaire, Carlo Pisano, d'où l'appellation
italienne. L'originalité de la cyclica consiste à distinguer entre
bicolore fort et bicolore faible. Avantage additionnel, on sait le nombre
de perdantes de la personne qui cuebide. Cela évite des cuebids
fantaisistes et spontanés, trop imprécis pour que le partenaire dispose
d'une information propre à lui permettre de prendre la décision la plus
fonctionnelle possible.
D'abord, les bicolores faibles (main de 6 ou 7 perdantes). Il
s'agira toujours d'un saut dans une couleur contre une ouverture en
mineure. La deuxième partie du tableau présente les bicolores forts (main
de 4 ou 5 perdantes) :
Nous jouions dans un National à Toronto il y a plusieurs décennies. Je
retiens de ce tournoi trois faits drôles et sympathiques. Je remarque
à Carlo que j'ai vu un gros garde du corps en bas de
l'escalier. Il m'explique que c'est un mannequin. Je ne suis pas
spécialisement fier de ma naïveté. J'en parle à un employé. Il me
signale que je ne suis loin d'être le seul à avoir été berné. Deuxième
fait. Nous jouons contre un couple âgé. Le monsieur ouvre 1SA. elle
demande 2
en faisant de
grands signaux négatifs. Il nie les majeures par 2
. Elle demande 2SA. Et il passe avec 17 points !
Le directeur rétablit le score à 3SA moins 1. Enfin, un troisième fait :
nous avions décidé de jouer Succion contre toute enchère d'ouverture au
niveau de 1. Je me souviens que des experts contre nous étaient furieux...
Effectivement, l'ACBL l'a interdit pas longtemps après. Ce n'est permis
maintenant que contre l'ouverture à 1
Précision.
1.7 CUEBIDS ASTRO
Le terme Astro est l'acronyme des trois
inventeurs de la convention : Allinger, Stern, ROster. La convention
qu'ils créèrent était utilisée contre l'ouverture à 1SA (faible ou fort,
en direct ou en réveil) : 2
signifiait
et une
mineure, et 2
pique et
une autre couleur. Astro n'est plus populaire ; certaines variantes le
sont un peu plus. Brozel Rescue, ou SOS Brozel, tout à fait convenable
pour le petit sans atout, est très proche de Pinpoint Astro.
Les cuebids Astro, des mêmes auteurs, ont eu un meilleur sort. Précisons
cependant que la version majoritairement pratiquée, et présentée ici,
varie relativement de celle présentée par The Official Encyclopedia of
Bridge, dans son éditions de 1984. La variante moderne que je vous
présente sert à fournir des précisions utiles au partenaire lorsque chacun
des adversaires a demandé une couleur au niveau de 1. Elle comporte deux
aspects.
Premier aspect
Contre signifie 44 ou 54 dans les deux autres. 1SA indique au moins 55.
Certains jouent plutôt que 1SA indique 55, et 2SA 65 et mieux. Voici trois
exemples :
Deuxième aspect
Lorsque l'on tient un 64 dans les couleurs adversaires, le cuebid de la
plus basse couleur signifie six cartes dans la plus basse des deux autres
couleurs et quatre cartes dans la plus haute. Symétriquement, le cuebid de
la plus haute montre six cartes dans la plus haute des deux autres
couleurs et quatre cartes dans la plus basse. Voici deux exemples :
Conclusion : Cette convention, dans la variante fort répandue que
j'ai présentée ici, est utile. D'une part, elle est tellement bien
structurée qu'elle ne taxe pas la mémoire ; d'autre part, le premier
aspect se produit assez souvent pour fournir des précisions
fonctionnelles, qui renseignent d'une manière souvent déterminante sur la
suite des enchères. Le deuxième aspect, plus rare, n'en constitue pas
moins une arme souvent fort rémunératrice (vous serez dans un contrat
optimal que d'autres paires ne peuvent trouver qu'à tâtons). Ne perd-on
pas le 1SA naturel après les deux couleurs adversaires ? Je n'en ai
rencontré qu'une occurrence : lors d'un National à Toronto vers le milieu
de la décennie 80. D'une manière générale, Astro vous sera beaucoup plus
utile que limitatif.
2.
CONTRE L'OUVERTURE DE 1SA
Dans trois éditions antérieures du présent manuel, je décrivais
abondamment toutes sortes de défenses contre l'ouverture d'1SA. Brozel,
Landy, Ripstra, Astro, etc. En particulier, deux conventions, Cappelletti
et "Canapé" (à défaut d'une meilleure appellation), ont été très
populaires chez les bons joueurs. Jusqu'à 1992, elles faisaient
substantiellement l'unanimité dans l'élite du bridge.
Approfondissons cette question. Les méthodes de défense contre sans
atout peuvent se classer en deux groupes. Un groupe utilise le contre pour
pénaliser l'ouvreur à 1SA. Ce sont Astro, Cappelletti, Landy, Ripstra et
Succion. L'autre groupe emploie le contre pour indiquer un unicolore
(DONT, Canapy et Brozel). Ce dernier groupe ne vit-il pas trop
dangereusement, vulnérable à l'ouverture psychique de 1SA par les
adversaires ? Ils ne seront pas contrés puisque le contre est un appel...
Cette mise en garde ne tient pas. Car le partenaire de l'ouvreur psychique
devra croire l'ouverture de son partenaire, ou alors expliquer devant un
comité de discipline pourquoi il n'a pas annoncé sa main. Dans le cas où
les points sont de notre côté, le psychique ne devrait pas nous empêcher
de réveiller les enchères. De toute façon, l'ouverture psychique de 1SA ne
peut se faire fréquemment sans que cela soit considéré comme une entente
illicite entre partenaires.
Or, que nous conseille la loi des levées totales en défense contre
l'ouverture de 1SA ? Elle signale qu'il convient d'intervenir très
souvent. La formule découlant de la dite Loi nous apprend qu'il faut
ajouter 7 (les levées de 1SA) au nombre d'atouts potentiels de notre côté
pour déterminer le nombre de levées totales. Par exemple, si nous croyons
avoir un fit de huit cartes, il y a 15 levées, et nous ferons probablement
notre contrat au niveau de 2. De surcroit, l'entame contre 1SA est souvent
désastreuse : elle se fait de la longue... vers la courte du partenaire,
et génère une levée additionnelle pour le déclarant. La pénalité, en
somme, est rarement fructueuse.
Il importe conséquemment d'utiliser une convention où le contre sert à
décrire la main. Cohen, justement, en suggère une, qui, à partir de 1992,
a commencé à s'imposer et à remplacer Cappelletti et Canapé dans la faveur
des joueurs sérieux. Elle se nomme DONT, pour DOuble over No
Trump. Elle consiste en ceci :
2.1 DONT
X montre un unicolore normalement sixième (surtout pas une main 5332) et
demande au partenaire de relayer à 2
; le contreur annonce alors sa couleur (il passe si c'était
). 2
indique un bicolore, dont
et une couleur
plus haute. 2
signifie
que la main contient un bicolore
- couleur supérieure à
. De même, 2
exprime un bicolore en
majeures. Il reste la surenchère de 2
. Cohen nous propose une couleur à
faible, alors que contre suivi de 2
montrerait une couleur plus forte. On comprend
l'idée de Cohen. Il convient de trouver un fit le plus sûr possible, même
si c'est en mineure. Il s'agit, en somme, de comprendre des réalités
mathématiques élémentaires : + 90 vaut mieux que +50 ou -90 ; -50 est
préférable à -90.
2.2 CAPPELLETTI
Cappelletti part de deux postulats : d'une part, il convient de
conserver le contre comme orienté vers la pénalité, montrant une main
équivalente à l'ouverture de 1SA. A noter cependant que cela demeure
proportionnel au 1SA en question : devant 12-14, vous montrez aussi 12+,
pas nécessairement 16-18 ! Brozel pêche sous ce rapport, car il utilise le
contre pour indiquer une longue quelque part (relais à 2
du partenaire). D'autre part, en sacrifiant
l'enchère naturelle de 2
,
on peut par relais tout décrire à des niveaux acceptables. Soit :
X : pénalité.
2
: Montre une longue
quelque part. Le partenaire relaie à 2
non forcing, que l'autre passe ou convertit à sa longue si
ce n'était pas
.
2
: les deux
majeures.
2
:
et une
mineure.
2
:
et une
mineure.
2SA : les deux mineures.
Cappelletti modifié présente, à mon sens, un certain avantage. 2
est un relais à 2
. L'intervenant ou bien a les carreaux ou alors
possède un bicolore majeure-mineure. 2
annonce encore les deux majeures. 2Maj. est naturel. Le
premier avantage de la modification consiste à ne pas se faire chiper
l'annonce d'une majeure par des enchères adverses plus élevées. Le
deuxième avantage réside dans la confusion créée chez les adversaires eu
égard à la différence des deux types de mains possibles contenus dans le 2
.
2.3 CANAPÉ
La méthode Canapé part du principe que plus souvent qu'autrement, les
deux couleurs sont 5-4. Il sera donc préférable de bâtir un système
défensif basé sur cette occurrence. Soit :
X : Demande au partenaire d'annoncer 2
, montrant un unicolore.
2
: quatre ou cinq
et une majeure cinquième. Le relai à 2
demande laquelle.
2
: quatre ou cinq
et une majeure cinquième. Le relai à 2
demande de passer s'il s'agit du
, ou alors, de
convertir à 2
2
: Exactement quatre
et
une mineure cinquième.
2
: Exactement quatre
et une mineure cinquième
On aura profit cependant à utiliser Brozel Rescue, ou S.O.S.Brozel.
Cette convention, largement décrite dans la section sur les enchères,
constitue une façon de se sauver la vie quand l'ouverture d'1SA du
partenaire est contrée. Elle va de paire avec Lebensold (réaction à
l'intervention en couleur sur l'ouverture à 1SA du partenaire : Voir les enchères).
Ajoutons, enfin, une convention de jeu, non d'enchères,
que certaines paires de qualité emploient contre le contrat à sans atout
(particulièrement 3SA). Il peut arriver que votre entame soit faite à
partir d'une couleur quelconque. Disons Dxxx. Vous entamez religieusement
de votre 4' meilleure. Votre partenaire vous encourage (avec quelque
incertitude) avec Vxx. L'écho créé par Smith consiste à dire à
votre partenaire si votre couleur d'entame (ou, pour le vis-à-vis, la
couleur entamée par le partenaire) est intéressante ou pas trop. Lors de
la prochaine couleur que le déclarant se mettra en frais d'établir, vous
ne donnerez pas le compte de la couleur. Plutôt, vous jouerez une grosse
carte pour indiquer que la couleur d'entame était vraiment intéressante;
sinon, comme dans le présent exemple, vous jouerez une petite carte pour
indiquer la qualité toute relative de votre couleur d'entame. Votre
partenaire agit de même. Un raffinement : Smith Echo inversé. Vous
jouez une petite carte de la nouvelle couleur pour montrer de l'intérêt
dans votre couleur d'entame, alors qu'une grosse carte traduit un intérêt
mitigé.
2.4 SUCCION
Une des dernière-nées parmi les conventions défensives contre
l'ouverture à 1SA. Il y a plusieurs années, Carlo Pisano et moi nous
préparions pour un gros tournoi à Toronto. Carlo me proposa l'équivalent
de Succion, mais en réponse à notre sans atout suicide (10-12 à toute
vulnérabilité). Je rouspétai au début, mais finis par me rendre à ses
arguments. Or, même contre des paires réputées, personne ne réussit à nous
torpiller. La force de succion réside dans sa constante ambiguïté pour
l'adversaire : 2
montre le
carreau... ou alors les deux majeures; 2
indique les coeurs... à moins que ce ne soit pique et
trèfle; de même, 2
pour
les piques ou les deux mineures. Etc. On voit l'autre avantage, semblable
à la convention de Becker, décrite plus haut : on peut, par relais,
connaitre la main du partenaire à un bas niveau.
Cependant, j'ai appris, fin 2006, que Succion n'était plus permis dans
les clubs. Sinon contre l'ouverture à 1
Précision.
2.5 MECWEL
Comme
vous le savez peut-être, ce terme représente une des toutes meilleures
paires, Jeff Meckstroth et Eric rodwell. Voici leur système contre 1SA : X
indique une mineure ou les deux majeures ; une mineure annonce cette
mineure et une majeure (5-5). Un relai, s'il y a lieu, demande la majeure.
La seule enchère qui nous oblige à jouer au niveau de 3 est 2SA pour les
mineures. Autrement, on joue au niveau de deux, et la couleur annoncée est
toujours réelle. J'estime que cette convention est la meilleure défense
contre 1SA.
2.6 LES
CUEBIDS FANTÔMES
Problème : Lors des transferts Jacoby sur l'ouverture de 1SA,
j'ai quelquefois envie de contrer la couleur artificielle du transfert
pour indiquer que j'ai la majeure non visée. Mais je trouve ça dangereux,
car ma main est mal située par rapport à l'ouvreur. Quand j'ai un
bicolore, ça va, mais mon partenaire ne le sait pas.
Solution : Sur l'ouverture de 1SA par le FG et un transfert
Jacoby par le FD, les cuebids fantômes montrent la majeure non impliquée
et une mineure.
Explication : Il s'agissait d'y penser - comme l'oeuf de
Christophe-Colomb ! Contrer la couleur du transfert indique la possession
de la majeure non visée par le transfert, mais avec la garantie qu'il
devient vraiment hasardeux pour les adversaires de contrer, eu égard à
l'affirmation d'un bicolore. La main se trouve du même coup avoir acquis
un potentiel nettement plus offensif. Par exemple :
1SA P 2
X :
et une mineure
1SA P 2
X :
et une mineure
Ne perd-on pas alors le contre qui indiquerait la possession de la seule
majeure non impliquée, dans les cas où l'on y tient de la force, mais sans
posséder de mineure cinquième ? Le bridge est une question de
statistiques. La question se formule donc ainsi : "Qu'est-ce qui est le
plus probablement utile ?" La réponse s'avère les cuebids fantômes.
D'autant plus que vous pouvez convenir avec votre partenaire que la
majeure doit toujours être cinquième, mais que la mineure pourrait être
seulement quatrième. Se trouvent ainsi augmentées considérablement vos
chances d'actualiser un cuebid fantôme.
2.7 AUTRES
MÉTHODES
Landy : 2
pour
les majeures.
Ripstra : Une mineure indique que c'est la meilleure
mineure, les deux majeures étant 5-5.
Brozel : Contre affirme une longue (appelle le relais à 2
). 2
pour
et
, 2
pour
et
, 2
pour
et
,
2
pour
et une mineure, 2SA pour les mineures. Brozel
s'emploie surtout après 1SA du partenaire et un contre en intervention. Il
reste qu'on peut l'utiliser aussi dans le présent contexte. Avantage
énorme de Brozel : on connait l'identité des couleurs au plus bas niveau.
Astro : Plusieurs variétés. Une des plus connues : 2
pour
et peut-être une mineure, 2
pour
et
peut-être une mineure, 2
pour les majeures, 2
indiquant une belle couleur à
.
3. LE
CONTRE D'ENTAME
Appelé aussi contre significatif. Votre adversaire de gauche,
après un va-et-vient d'enchères et la découverte d'un fit, annonce 4SA
(demande d'as). Votre adversaire de droite répond 5
(un as). Or, votre partenaire sera à l'entame,
votre adversaire de gauche ayant le premier mentionné la couleur de leur
fit. Vous voulez demander à votre partenaire une entame
: vous contrez
ce 5
artificiel.
Attention cependant! Si vos adversaires ont aussi un fit à
, ils
surcontreront...et vous aurez l'air fou!...donc, contrez dans ces
conditions seulement si vous savez que vos adversaires ne peuvent jouer ce
contrat.
Il y a d'autres formes de contre d'entames : si le contrat est SA
contré par votre partenaire, celui-ci vous demande d'entamer dans la
couleur que vous avez demandée plutôt que la sienne, que vous entameriez
autrement (ne serait-ce que pour ne pas vous faire engueuler!...). Si
votre équipe n'a pas annoncé de couleur, le contre demande l'entame de la
première annoncée par le mort. Après 1SA-3SA, contre indique une mineure
solide (ARDxxx), car avec une majeure de ce type, vous auriez fait un
barrage, ou, si vous n'avez pas pu annoncer, étant le quatrième joueur
après l'ouverture, votre partenaire, présumément court dans la majeure 6ième,
entamerait pour vous de toute façon.
Enfin, le contre Lightner. Ce contre, en principe
seulement lors d'un contrat de chelem, demande une entame "bizarre",
entendons une entame dans une absence. Le postulat qui sous-tend
cette manière de voir repose sur le fait que l'important consiste à faire
chuter le chelem, non de chercher d'abord à accumuler quelques points de
plus par le contre. Distinguer l'essentiel de l'accessoire, en somme! Le
contre sert donc ici à la chute, non à la pénalité d'abord. A moins, bien
sûr, que le chelem ne soit un sacrifice ou le résultat évident d'une
erreur adversaire dans les enchères.
4. AUTRE CONVENTION
D'ENTAME : SMITH ECHO
SMITH ECHO : L'entame d'une petite carte ne témoigne pas
nécessairement d'un honneur troisième. Avec Smith Echo, vous pouvez
entamer 2 de 234. C'est la deuxième carte jouée qui précise au partenaire
que l'entame était décente ou "indécente". En principe, un deuxième carte
plutôt haute (en tout cas, non la plus basse de cette couleur)
montre que vous aviez une entame décente. Mais la plupart jouent
Smith Echo inversé :si la deuxième carte jouée est la plus petite
possible, c'est l'affirmation d'une entame décente.
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