CHAPITRE
23 ROBRE - DUPLICATA - IMP
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Il y a plusieurs méthodes de compétition
au bridge. Pour l'essentiel, elles se résument à trois.
Vous jouez à quatre personnes autour d'une
table à disons un samedi soir, chez un ami, vous changez de partenaire à
chaque robre, ou encore vous gardez le même partenaire toute la soirée,
question d'entente préalable. Vous additionnez les points à la fin de la
soirée. Vous avez joué au robre.
Vous vous pointez dans un club de bridge
et vous jouez plusieurs planchettes - généralement 24 - contre plusieurs
équipes. Vous avez pratiqué le bridge duplicata,
nommé ainsi parce que les mains que vous recevez sont les mêmes (elles
sont "dupliquées", duplicated en anglais, d'où le terme duplicata) que
celles reçues par les personnes occupant les mêmes positions cardinales
que vous. Par exemple, si vous êtes assis en Sud, tous les autres Suds
auront les mêmes cartes que vous, puisqu'ils prennent leur jeu dans l'étui
sud de chaque planchette. Ce qui enlève pratiquement le hasard, du moins
pour l'ensemble de la soirée : vous pouvez vous classer premiers à la fin
de la soirée sans avoir eu de jeu, car vos vrais ennemis ne sont pas les
paires que vous rencontrez, mais les joueurs qui jouent dans la même
position cardinale que vous. Faites-vous mieux ou moins bien avec les mêmes
cartes contre des joueurs qui ont eux aussi les mêmes cartes que leurs
adversaires aux personnes occupant la même position cardinale qu'eux
tenaient en main? Zat is zee duplicate question!
Enfin, il y a une troisième forme de
compétition, plus rare que le duplicata parce qu'un peu plus compliquée à
organiser, mais populaire chez les joueurs. Certains experts prétendent, à
juste titre me semble-t-il, que cette méthode est celle qui mesure le plus
objectivement la qualité de vos performances bridgéennes. Il s'agit des équipes de 4. Vous avez trois partenaires,
et non un. L'une des paires de votre équipe joue nord-sud alors que
l'autre joue est-ouest contre les partenaires de ceux-là même qui jouent
est-ouest à votre table. La boucle est bouclée, la comparaison parfaite,
puisque, vous l'avez deviné, les deux équipes jouent les mêmes
planchettes. Vous êtes, pour chaque planchette, en défense à une table et
à l'attaque à l'autre - à moins qu'il arrive que la même équipe attaque
dans deux contrats différents à chaque table...Il reste que la boucle est
bouclée quand même, les deux équipes jouent les mêmes planchettes
entre elles. La compétition se mesure ici en International
Match Points, d'où le sigle IMP sur la feuille de convention
de l'ACBL.
Les stratégies d'une méthode à l'autre : Robre et Imps vont comme deux
larrons en foire - même attitude, même stratégie, nous jouons contre un
seul adversaire (paire ou équipe). Je gagne si je gagne par 1 point!
Alors qu'au duplicata, pour que notre paire se classe première à la fin de
la soirée, nous devons viser à un résultat moyen d'environ 60% (ou un peu
mieux ) sur chaque planchette, i.e., faire mieux à chaque planchette que
60% des autres équipes.
Mais parce que le résultat de chaque
planchette au duplicata forme un tout - ainsi, une soirée de 26
planchettes doit être considérée comme 26 petits matchs tous aussi
importants les uns que les autres - et que les IMPS sont cumulatifs,
il faut se battre différemment dans ces deux arènes. Par exemple, disons
que je suis dans un contrat de 3SA au duplicata. Dès l'entame, je me rends
compte que les autres paires dans notre position joueront à 4
. Si tout le monde fait son contrat, eux leur 4
et moi mon 3SA, mon
partenaire et moi recueillerons un trou, les autres paires ayant 20 points
de plus que nous. Il faut donc que je joue pour faire 4SA, quitte à opter
pour une ligne de jeu quasi-suicidaire. Par contre, aux IMPS, le
problème est minime : l'autre équipe fera 4
, nous serons à 3SA réussi, et la différence de 20 points ne
vaut... qu'un Imp.
En d'autres mots, la question
fondamentale aux Imps peut se poser ainsi : avons-nous une manche ? Alors
qu'au duplicata, elle se formule comme suit : pouvons-nous faire une levée
de plus ?
Dans la pratique, on ne peut réussir à
quelque méthode que ce soit sans jongler avec l'aspect statistique de ce
problème complexe. Par exemple, face au contrat qui a 50% des chances de
réussite, qu'est-ce que je fais aux IMPS ? Au duplicata ? Vulnérable ? Non
vulnérable ? En équipe de 4, à l'autre table, si les adversaires ne
demandent pas la manche et qu'ils ont raison, combien de IMPS
perdrons-nous ? Si, en revanche, le contrat est là, combien gagnons-nous ?
Etc. Ce genre de questions statistiques mène au tableau suivant, qui
exprime le pourcentage de probabilités requis pour demander un contrat.
Par exemple, aux IMPS, vulnérable, nous devrions demander une manche qui a
un peu moins de chances de réussite que d'échec (37.5%). Pour le grand
chelem, il convient de le prendre avec 67 % de réussite si,
nous jouons 2 sur 1.
|
ROBRE |
DUPLICATA |
IMPS |
Vuln.ou vuln. |
NV |
V |
NV |
V |
NV |
V |
PARTELLE |
Trop complexe |
Trop complexe |
50 % |
50 % |
un plus |
un plus |
PARTIE |
40 % |
35 % |
50 % |
50 % |
50 % |
37,5 % |
12 LEVÉES |
50 % |
50 % |
50 % |
50 % |
50% |
50% |
13 LEVÉES |
Si 2/1 = 67 % |
50 % - 60 % |
55 % - 60 % |
56 % |
56 % |
57 % - 60 % |
Pour plus de détails, consultez le premier
chapitre de Match point precision, de Kathy Wei et Ron Andersen,
ainsi que les chapitres 28 et 32 de Duplicate bridge, de Kay,
Silodor et Karpin. Il y a aussi le beau livre de Harold Feldheim, Winning
Swiss team tactics in bridge, et celui de Mike Lawrence sur le même
sujet.
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